Poésie
et arts
Ce qui
fait un tableau, ce qui fait un poème, ce qu’on est convenu
d’appeler une œuvre d’art, tient à moins que
rien : à seulement ce petit instant, ce petit coup de magie
impondérable, insaisissable, trop subtil pour qu’il tombe
sous aucun sens ; mais qui se signale subrepticement, à l’improviste,
à côté duquel on pouvait passer, dont ignorent
la présence — au mieux, le présent — d’innombrables
promeneurs, flâneurs, spectateurs, contemplateurs même.
Cette vérité-là, c’est elle qui bat de
l’aile, c’est elle que les Grecs nommaient alêthèia,
qui est le contraire exactement du lethée, du sommeil donc,
de l’engourdissement, du fait d’être gourd et gourde.
»
Robert Marteau, Le Louvre entrouvert, Champ Vallon 1997
Fabrice Midal a dirigé
la revue Cratère (1989-1992) qui a publié des
entretiens avec Pierre Emmanuel, Claude Minière, Claude Simon,
Nathalie Sarraute, Pierre Soulages…
Plasticien, il a participé à de nombreuses expositions
en France et à l’étranger. Il enseigne aujourd’hui
la photographie à l’Université Paris VIII.
Autant dire, que les arts ne sont pas pour lui un supplément
d’âme mais l’entrée sur l’existence
même — car comme le souligne Baudelaire : «
Vous pouvez vivre trois jours sans pain ; sans poésie, jamais
».
Y a-t-il une place pour
la beauté dans notre monde ? Un enseignement spirituel peut-il
se passer de cette épreuve ?