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Guésar de ling

A PROPOS DU PROCHAIN SEMINAIRE : 
Monde, déracinement, présence des dieux…

Enseigné par Fabrice Midal et Pierre Jacerme, philosophe, (ancien professeur en classe de khagne au lycée Henri IV)

Château de Ligoure (Limousin)
Du vendredi 29 février 2008  17h au samedi 8 mars 10h

Pour tout renseignement :
Marie-Laurence Cattoire 06 11 05 68 63
marie-laurence@cattoire.com
Léa Sham’s 05 55 58 29 93
leashams@club-internet.fr

— Pourquoi ce dialogue entre l’enseignement du Bouddha et la philosophie occidentale, qui est au cœur de ce séminaire ?

Peut-être d’abord parce que, dans tout dialogue, on évite la tendance inexorable chez tous les hommes, au dogmatisme. D’un seul coup, dans le dialogue, dans l’écoute d’une autre parole, on est conduit à un dessaisissement sain. Le bouddhisme en dialoguant avec la philosophie est empêché de devenir un préchi-précha par exemple.
Mais surtout parce qu’ainsi, nous pouvons mieux prendre en vue la situation de notre monde. Le bouddhisme n’a pas pour fonction d’être un abri pour nous préserver des difficultés, mais doit nous aider à mieux les comprendre. Il est important de réaliser que nos difficultés ne sont pas uniquement des problèmes psychologiques mais sont liées, aussi, à la situation de notre monde, qu’il nous faut donc apprendre à mieux prendre en compte.
Ce séminaire a donc une haute ambition : confronter l’enseignement bouddhiste le plus incandescent, la pensée occidentale la plus aigue et la situation dans laquelle nous sommes plongés, aujourd’hui, ici même.

Et puis nous avons la chance d’avoir Pierre Jacerme qui a accepté de revenir enseigner dans Prajna et Philia. Il est, avec évidence, pour qui l’a entendu enseigner, l’un des grands philosophes d’aujourd’hui.
Je sais qu’il travaille intensément depuis des mois sur ce séminaire— et plus particulièrement sur Hölderlin, Nietzsche et Heidegger. La tâche est difficile ! Mais Pierre Jacerme fait partie de ces très rares hommes qui, philosophes, ne sont en rien des « intellectuels ». C’est libérant ! Il peut ainsi parler de choses très ardues de manière extrêmement directe et simple — mais surtout pas simpliste — et nous toucher ainsi au plus profond de notre être.

Dagda, un Céleste celtes

—  Pourquoi ce thème ?

Pour nous aider à comprendre ce qui nous menace : la disparition du monde comme espace harmonieux, la destruction de la terre comme espace habitable… Ce déracinement s’incarne dans la dépression qui nous saisit, la difficulté à trouver notre place, à trouver un axe nous permettant d’être à l’écoute de notre propre grandeur. Selon l’intuition de Chögyam Trungpa, nous pouvons retrouver un rapport à un monde sacré, c’est-à-dire à un monde authentique, pour autant que nous tentions d’entendre ce que les anciens appelaient les dieux. Or de manière frappante, Martin Heidegger, à partir de 1936, ne cesse plus de méditer le sens du divin et des dieux, tout particulièrement à partir de la poésie. Il y a là une rencontre quant à l’essentiel de notre temps pour qui veut bien entendre que si le monde nous devient irrespirable c’est par notre difficulté à établir un rapport réel à la poésie comme nomination même du sacré.

—  Faut-il avoir assisté au séminaire de l’année dernière pour participer à celui-ci ?

Non, même si celui-ci suit le mouvement commencé l’année dernière.
Après y avoir, affronté la dévastation et le nihilisme, nous allons tenter de nous tourner vers l’entente des dieux, ces Célestes, qui ouvrent un monde — aussi bien dans l’enseignement de Chögyam Trungpa que chez les grands poètes d’Occident. Est-il possible de retrouver un monde sacré ?

Ce séminaire me tient particulièrement à cœur et sera un moment important dans l’histoire de Prajna et Philia.
Au fur et à mesure des années, j’ai pris la mesure de la difficulté rencontrée par de ceux engagés dans un chemin spirituel, ceux soucieux d’être un peu plus responsables de leur vie, ceux qui aspirent à sortir des habitudes de comportement qui rendent aveugle à l’essentiel. Il leur manque un monde ! Il leur manque une entente de la poésie ! De son exigence.
Si bien que tous leurs efforts, leur compréhension, restent toujours en grande partie extérieurs à eux. Quelque chose ne s’incorpore pas.
Sans rapport à une terre et à une langue — même la méditation ne peut qu’être impuissante.
Je sais que ce n’est pas très facile à entendre.

Kami et bouddha, peinture japonaise

—  Comment va se dérouler le séminaire ?

Par un équilibre entre l’étude et la pratique de la méditation.
Une part de la journée sera consacrée à la pratique de la méditation. Et chaque matin, Pierre Jacerme prendra la parole, soit pour donner un enseignement, soit pour répondre aux questions. Et je donnerais moi-même une causerie chaque soir.

—  Est-il ouvert à tous, même à ceux qui n’ont jamais pratiqué ?

Oui. Des instructions sur la manière de pratiquer seront données tous les jours. Parfois, on pense qu’il faut se préparer avant de commencer. Mais rien n’est mieux pour entrer dans la pratique que de sauter tout de suite dans une situation où l’on peut vraiment faire l’épreuve de ce que c’est. Pour cette raison, je crois préférable de commencer à pratiquer en venant faire un séminaire plutôt qu’une seule soirée ou une journée. En une semaine, vous toucherez la méditation et saurez si cela vous convient.

Saint christophe, Jérome Bosh

Voici un extrait d’un des enseignements donnés l’année dernière par Pierre Jacerme

La fuite hors de la terre et le lien au sol

Il y a une fuite. Je l’interprète comme une fuite hors de la terre. Plus on dit globalisation, plus c’est le signe qu’il y a une fuite hors de la terre. Et néanmoins, en même temps, l’homme se relie à la terre. C’est frappant ; je le vois dans les rues de Paris, ou quand je prends le métro : tous ces gens qui sont branchés ! Ils marchent dans la rue, ils ne regardent personne, ils sont ailleurs, ils ont quitté la terre déjà. Le portable, c’est impensable sans les satellites ; ils ont quitté la terre, ils sont reliés au cosmos, ils sont privés de monde, ils sont en train de vivre la privation du monde, mais ils ne le savent pas vraiment. Et en même temps qu’ils sont ailleurs, qu’ils ont quitté la terre, ils sont reliés à. Ce qui est très important, ce sont tous ces fils qui pendent de partout. Ils ont quelque chose dans la main avec un fil, relié à autre chose qui est dans les oreilles, il y a des fils qui apparaissent. Bien sûr, on ne peut pas ne pas penser au cordon ombilical, c’est évident. Il y a encore cette espèce de référence à la terre-mère. C’était une déesse dans l’Antiquité, la terre-mère. Il y a le fil, le cordon ombilical ; ils sont reliés à la terre-mère ; en même temps ils sont dans le cosmos. Ils sont entre-deux.
C’est pour cela que j’aime beaucoup cette idée de Trungpa, de dire que le bardo ce n’est pas seulement le bardo de la mort, mais qu’il faut lui donner un sens très général. Le bardo, c’est tout ce qui est « entre-deux ». C’est tout à fait juste. Nous sommes dans cet entre-deux, nous tous ; nous vivons dans un « bardo ». Et tout le monde, l’humanité entière est dans un « bardo » ; elle est entre deux états.
Heidegger a dit cela d’une certaine manière. Il a dit : « Nous venons trop tard pour les dieux et trop tôt pour l’être. » Trop tard pour les dieux, parce qu’on n’y croit plus ; et trop tôt pour l’être, parce qu’on est asservi à l’étant, complètement. Ces gens avec tous ces fils, ils sont liés aux différents étants. Phénoménalement, c’est frappant. Je suis sûr que si un homme de Nouvelle-Guinée arrivait dans le métro, s’il voyait cela, il rigolerait beaucoup ; il dirait : « Mais pourquoi ont-ils tous ces fils ? » Parce que pour eux, c’est tellement naturel d’être relié aux autres dans leurs tribus qu’il n’y a pas besoin de fils. Je crois qu’ils nous plaindraient beaucoup.
Ce qui se passe donc, c’est que l’homme a quitté la Terre ; il a entrepris l’exploration du cosmos. Et d’abord, il a commencé par la lune. Et quand il a été sur la lune, dans le même temps il était relié à la terre. C’est évidemment très important d’analyser le phénomène qui se produit. Parce qu’à la fois il n’était pas relié, il avait quitté la terre, mais en même temps il était relié à la terre par la parole, c’est-à-dire il était relié au lieu de l’habitation, au lieu où il habitait. Et il y avait une contradiction entre la terre comme forme d’habitation et le lieu où il était, qui était la lune, où il ne pouvait pas habiter. C’est vraiment drôle, cette problématique où nous sommes, où il y a à la fois le déracinement et le besoin d’habiter, et où c’est complètement contradictoire. Nous sommes dans cet entre-deux. D’où le malaise qui nous atteint.

Apollon

Monde, déracinement, présence des dieux…
Du vendredi 29 février 2008 17h au samedi 8 mars 10h

Information pratiques :
Prix du programme (repas et hébergement inclus) : 680 euros
Tarif pour les membres actifs de Prajna & Philia : 540 euros
Tarif pour les étudiants de moins de 25 ans : 360 euros

Pour tout renseignement :
Marie-Laurence Cattoire 06 11 05 68 63
marie-laurence@cattoire.com
Léa Sham’s 05 55 58 29 93
leashams@club-internet.fr

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Si vous avez des réactions ou des informations à nous faire connaître, écrivez à : fmidal@club-internet.fr

http://www.fabrice-midal.org/