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Le 4 avril 2007 cela fait vingt ans que Chögyam Trungpa a quitté ce monde.
Le plus frappant peut-être est l’incertitude qui règne quant à son héritage. Qu’en reste-t-il ? Reste-t-il quelque chose même.
N’a-t-il pas été oublié ? Lorsqu’il est évoqué c’est souvent de manière si caricaturale, si convenue que les paroles alors prononcées ne font que l’ensevelir encore plus radicalement.

Qu’est-ce qui est perdu de l’enseignement de Chögyam Trungpa ?

1. Que la beauté est l’espace même où le dharma peut irradier.

La splendeur de sa vision s’est manifestée par son engagement dans l’art. Ce n’était peut-être pas en raison d’un goût particulier, une simple prédisposition heureuse mais une réponse extraordinaire à la vérité de notre temps. Car au nom de l’efficacité à tout prix, du rendement acharné on est en train de renforcer « the early morning depression » du monde, de sacrifier toute entente de la beauté et de la nécessité d’aller A la découverte de l’Elégance.
Chögyam Trungpa, à plusieurs reprises, a cherché à faire des films. Le principal qu’il a pu réaliser ne porte pas sur un point de doctrine, sur un rituel bouddhique, mais sur la manière de faire jaillir l’élégance dans notre vie. Comment mieux témoigner que là résidait l’un des enjeux essentiel de son enseignement ?
Notre temps est marqué par la haine de la poésie. Et c’est ce que savait Chögyam Trungpa. La provocation de son enseignement réside d’abord dans son engagement pour nous la faire entendre — non comme un supplément d’âme accessoire mais comme l’espace même de l’existence.
La poésie ne consiste pas à s’exprimer, à donner droit enfin à notre égocentrisme, à le vomir mais à s’ancrer dans la tradition la plus saine de notre propre pays.
Chögyam Trungpa n’est pas tant l’artiste d’une œuvre particulière que celui qui nous apprend à devenir l’artiste de chaque moment de notre existence, à donner à l’art sa vraie place, c'est-à-dire toute la place. Car la poésie ne doit pas être faite pas quelques-uns, mais par tous — selon la parole de Lautréamont.

2. Que la pratique de la méditation ne peut avoir aucun but sans se nier elle-même

Présenter la pratique de la méditation pour diminuer le stress, être plus calme, un meilleur amant et un employé plus efficace n’a rien à voir avec l’invitation révolutionnaire qui fut celle du Bouddha et que Chögyam Trungpa a transmis à l’Occident.
Règne à présent le matérialisme spirituel sous une forme bien plus écœurante que celle que dénonça en son temps Chögyam Trungpa. Le bouddhisme n’est plus qu’une sorte de tisane.
Bien rares sont ceux qui osent présenter la pratique de la méditation comme cet espace de gratuité entière où apprendre à habiter authentiquement dans la nudité du cœur ouvert.

3. Que la liberté est le cœur du chemin spirituel

Les centres de méditation deviennent bien souvent des lieux d’endoctrinement où l’on est sommé d’appartenir à un groupe, à un Parti.
Par un étrange et pervers retournement, l’enseignement sur la nécessité d’un maître spirituel, si central pour Chögyam Trungpa est alors manipulé. On s’en sert pour contrainte l’intelligence.
Comme si le rapport au maître était de l’ordre social, une obligation et non un geste d’amour, d’un amour fou, absolu, entier qui repose d’abord sur le sentiment indéfectible d’être aimé soi-même par le maître sans aucune question possible, d’une manière qui dépasse tout ce qui est concevable, d’un amour qui nous ouvre le monde à neuf, poétiquement accompli.

4. Que le dharma est toujours une provocation.

On ne peut pas lire un livre de Chögyam Trungpa, le voir en vidéo, pratiquer en suivant à la lettre ses instructions sans être, à un moment ou à un autre, effrayé, en un état de panique. On ne peut plus être à l’abri. Le dharma nous dénude au point le plus douloureux de notre propre hypocrisie. De notre mensonge.
On se rend compte, à cette expérience, que finalement ce n’est pas la vie de Chögyam Trungpa, son rapport à l’alcool, au sexe ou à la dimension militaire qui choque tant mais sa fidélité au dharma. Toutes évocations de l’œuvre de Chögyam Trungpa qui prétend faire l’économie de cet état est une imposture.
Toute présentation conventionnelle du dharma tue le dharma. Parce que le Dharma n’est pas conventionnel.
Or, aujourd’hui le dharma est présenté comme une manière d’être un peu plus confortable dans sa vie, quitte à ce que ce soit en abandonnant tout pour sa croissance politique. Chögyam Trungpa n’a pas vécu la solitude intense qui fut la sienne en Angleterre, n’a pas renoncé à tout, n’a pas tout sacrifié pour simplement permettre de lubrifier un peu mieux le samsara.
Puisse la lame de son ardeur ne jamais être émoussé ! Puisse sa démesure, son impitoyable intransigeance, son amour réel et profond — et parfois même joyeusement terrifiant — ne pas cesser de venir nous hanter !

INFORMATIONS

La phrase du mois
Ce mois-ci, trois des textes de Partage formel de René Char

« Le poète transforme indifféremment la défaite en victoire, la victoire en défaite, empereur prénatal seulement soucieux du recueil de l’azur.

Magicien de l’insécurité, le poète n’a que faire des satisfaction adoptives. Cendre toujours inachevée.

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir»

Prochains séminaires :

Folle sagesse du 4 au 8 mai 2007 à Vajradhara Ling.
Une introduction à l’épreuve du Tantra. Nous nous consacrerons à comprendre l'enseignement de C. Trungpa dans son incandescence la plus radicale et émouvante.
Information : Lea Sham’s 05 55 58 29 93, leashams@club-internet.fr

Nous vous informons dès à présent du programme de cet été auquel nous vous conseillons de vous inscrire dès à présent.

La beauté sauvera le monde, Château de Ligoure, 14-21 juillet
Information : Lea Sham’s 05 55 58 29 93, leashams@club-internet.fr

« La moitié de la vie sainte, Seigneur, n’est-elle pas amitié avec le beau, association avec le beau, communion avec le beau ? »
Non, Ananda, dit le Bouddha. Cela n’est pas la moitié de la vie sainte, c’en est l’entièreté. »

Samyutta Nikaya

“La vraie vie, le colosse irrécusable, ne se forme que dans les flancs de la poésie” René Char

La pratique de la méditation, telle que le Bouddha l’a présentée, est une manière simple et directe de s’ouvrir à la splendeur du monde, à la magnificence de ce qui est. Cette présence est souvent recouverte par un discours religieux, moraliste, dogmatique.
Il importe de revenir à son invitation héroïque de célébrer le présent vivant que, dans l’affairement quotidien, par manque de confiance et par peur, nous oublions.

La pratique de la méditation qui sera présentée en détail lors de ce séminaire permet de se relier à notre expérience de manière plus directe, sans s’appuyer sur des croyances et des concepts conventionnels. Elle nous met ainsi au cœur de notre vie. Elle nous apprend à être. À être simplement qui nous sommes et à oser célébrer la beauté du monde.
Des instructions guidées seront données chaque jour.

Inspiré par l’enseignement de Chögyam Trungpa, ce séminaire vise à révéler l’unité qui existe entre la méditation et l’action que nous avons à mener à chaque moment. La méditation doit nous mettre au centre de nous-mêmes, nous montrer comment nous pouvons advenir à une existence plus vaste, plus profonde que celle à laquelle nous la restreignons le plus souvent.

Ce séminaire est ouvert à tous, et particulièrement aux débutants et à l’esprit du débutant qui est en chacun de nous.

Le séminaire se compose de sessions de méditation en groupe, de projections de films sur des artistes majeurs, de temps d’étude, et d’enseignements.
Une visite contemplative de l’Eglise romane de Saint-Pierre de Solignac est prévue, nous montrant comment certains lieux manifestent un sens de présence et de beauté que l’on peut éprouver en se mettant à leurs écoute.(Sous réserve)

Avec la présence exceptionnelle de Jozef Prelis, Artiste, Maître d’Art Floral et de Cérémonie de Thé.

Un programme enfant enseigné par des professionnels aura lieu durant ce séminaire.

Si vous avez des réactions ou des informations à nous faire connaître, écrivez à : fmidal@club-internet.fr

http://www.fabrice-midal.org/