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Le prochain séminaire que je donnerai, du 4 au 8 Mai, portera sur la Folle Sagesse.
Pourquoi ce thème ?

J’ai été invité dernièrement à parler à des étudiants en agronomie dans un Lycée professionnel. Je devais y porter témoignage lors d’une demi-journée consacrée au bouddhisme, dans le cadre d’une ouverture aux diverses religions. J’ai commencé par dire que le cœur de mon engagement n’était pas un acte de foi, mais simplement la réverbération qu’offre la pratique de la méditation – espace où tout se modifie pour nous placer au centre — ouvert — de notre existence.
Ils en furent tous décontenancés. Mais quelles sont les règles que vous devez suivre ? Quelles sont les obligations qui signent votre inscription dans une tradition religieuse ?
Aucune, je dois bien le reconnaître. Je n’ai aucune morale au sens habituel du terme.
Ils insistaient.
Si je brûle d’amour pour les enseignements du Bouddha et de ceux qui ont marché dans ses pas ; si je suis envahi d’un chagrin qui ébranle tout lorsque je les regarde dans la magnificence du plus haut jour, il n’y a aucune règle que je suive.
J’essaie simplement de vivre sur le fil difficile de ce qui est le plus juste — et qui demande à s’inventer à chaque instant.
La morale, comme Nietzsche nous l’a appris, est la mauvaise solution apportée au problème de l’existence. Elle consiste à refuser d’affronter la réalité, qui est “terrible”, en lui substituant des idéaux qui sont des convictions, des illusions, voire des mensonges.
« Vous, les hommes les plus hauts que mon œil ait vus, voilà bien pourquoi je doute de vous, et, en secret, me ris de vous : je le sens bien, vous nommeriez mon surhomme — démon ! »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

Je comprenais bien leurs questions. Les religions sont présentées comme un ensemble d’obligations et d’interdictions. Plus exactement, des commandements éthiques et des règles de conduite. Etre bouddhiste, comme être juif, chrétien ou musulman, implique donc pour eux d’en suivre un certain nombre. Josy Eisenberg note de manière on ne peut plus orthodoxe : « L’exigence de sainteté se traduit par le respect d’une série d’interdits. Il s’agit tout d’abord de la sexualité : interdiction notamment de l’inceste, de l’homosexualité, de la zoophilie et des relations sexuelles durant la menstruation. Une autre série concerne la nourriture. (…) Le temps — sacré ou profane — détermine d’autres interdits. »
Je ne veux pas cracher dans la soupe. Ces règles, je ne veux pas les tourner en dérision. Elles ont probablement leur raison. Une manière d’aider, disent les religieux, l’homme à rester dans le droit chemin et asseoir des visées de civilisation.
Il n’est pas certain que cette voie soit encore ouverte à l’homme de notre temps. Mais qui est en rapport réel à notre temps ?
En tout cas, la sainteté où la vérité spirituelle se dévoile a souvent eu à voir avec la folie, avec le refus de toute norme.
Sérapion le Sindonite choisit d’abandonner la sécurité de la vie monastique pour endurer la faim, la soif et l’insécurité des grands chemins. Au cours de ses pérégrinations, il entendit parler d’une femme ascète qui, vivant recluse à Rome, ne recevait personne. Pour la mettre à l’épreuve, il lui demanda de se dévêtir complètement et de le suivre à travers la ville. La femme lui fit réponse qu’un tel geste serait cause de scandale et qu’on la croirait possédée du démon. Sérapion lui répondit : « Et alors ? Si tu es morte au monde, cela te regarde-t-il ce qu’ils pensent ? »
Se moquer de toutes les règles sociales pour rester fidèle à l’incandescence de l’amour — et s’aventurer dans l’absence de tout confort qui risque de nous en protéger.

Peut-être qu’aujourd’hui, à l’ère de la communication totale, la seule parole qui puisse être encore audible — alors même qu’elle est inaudible — est que la spiritualité est un acte de folie. Elle ne sert à rien. Elle ne vise pas à rendre heureux. Elle n’est pas raisonnable. Elle ne se justifie pas. Elle ne vous fait pas aller mieux. Elle vous arrache du monde des règles et des comportements.
Qui n’a pas soif de cet espace gratuit et tendre ? Qui ?
Une parole de vie se reconnaît à sa justesse, à la manière dont celui ou celle qui la prononce vient à vous fragile et maladroit peut-être — mais parlant d’un autre point de vue que celui des calculs et des convenances. Quel soulagement !
S’arracher aux règles non pas pour que rien ne vienne faire entrave à notre volonté, à ce que JE veux pour que JE puisse m’éclater, que tout soit cool, sympa ; mais afin que la fidélité à la présence, à la croisée des gestes, soit le sceau. S’arracher aux règles qui oblitèrent et cachent le visage du vrai. Pour que la fidélité au Grand Réel s’impose.
Voilà, l’invitation.

La spiritualité n’a peut-être rien à voir avec le religieux — comme ensemble d’institutions.
Il existe pourtant, dans toutes les religions, des traditions de folle sagesse qui se moquent de la sagesse ordinaire, se rient des convenances et affirment que la seule manière de marcher dans la voie — est d’agir comme un fou aux yeux du monde. Voilà ce qu’il s’agit de comprendre. Non pour les imiter — nous ne sommes sans doute pas prêts encore et rien n’est pire que de jouer — mais au moins pour mieux comprendre le souffle véritable de la grande poésie.
Chögyam Trungpa a été le maître de la folle sagesse le plus impressionnant de notre temps… Il se moquait avec férocité de l’hypocrisie des maîtres spirituels qui ne font que construire leur pouvoir sans jamais réussir à aimer pour de bons, à s’abandonner. Il fût impitoyable et par là salutaire.

LA NEF DES FOU, JÉRÔME BOSCH

La folle sagesse ne peut supporter les discours grandiloquents — où, en langage psychanalytique, le signifiant prend toute la place et finit par se vider de toute portée. Les élections présidentielles que nous vivons en sont un très bon exemple.
Partout on emploie des grands mots — liberté, égalité, fraternité, république, nation…— sans que ces mots n’évoquent rien que des réflexes pavloviens. On parle. On dit des choses qui font bien, sans que rien ne fasse effet de réel. Age terrible où plus on « communique », plus l’isolement de chacun s’accroît.

Le séminaire portera sur la manière dont les fous de dieux, les hommes du blâme dans l’Islam et ceux de la folle sagesse propre au tantra bouddhique ont cherché à montrer que l’Eveil n’était pas quelque chose à acquérir, qu’il n’y avait aucun effort à faire pour l’obtenir, qu’il fallait simplement se tourner comme il faut pour que soit reconnu ce qui n’a jamais fait défaut. Oui, il est possible de transformer son existence sans rien laisser indemne. Ce n’est pas une histoire.
Il ne s’agit pas de croire à quoi que ce soit. La folle sagesse révèle avec effraction que nous sommes tellement autres que ce que nous croyons. Nous nous enfermons dans la médiocrité où l’on a raison, où l’on est justifié de tout, où l’on n’est responsable de rien (notre cœur barricadé) — et ainsi nous nous coupons les ailes et les oiseaux sont encore un peu plus seuls et le ciel un peu plus vide. Cette nécessité de faire bonne figure et d’avoir raison est folle ! Nous sommes fous !
La folle sagesse est la sagesse qui ose dénoncer notre folie ordinaire, notre folie médiocre qui outrage la réalité et la grandeur. Nous sommes pris dans notre aveuglement. Nous ne touchons jamais rien. Nous n’osons pas. Comme tout cela est triste ! La folle sagesse est là pour nous hanter et couper au travers de tous nos discours…
Le tantra bouddhiste que nous aborderons nous montre comment laisser un autre souffle irradier dans nos vies pour enfin oser. Rivés à la raison devenue instrumentale, il nous faut apprendre à accueillir le souffle mystique d’une folie qui, au-delà de toute connaissance et de toute foi, s’apparente à une folie d’amour.

Aussi lors de ce séminaire :
— Nous aborderons la folle sagesse dans les diverses traditions,
— Nous contemplerons comment sauter hors des ennuis et de la mesquinerie,
— Nous essayerons de ne pas éteindre l’incendie de notre propre cœur,
— Nous tenterons de comprendre comment le chemin s’ouvre, se déploie et nous assaille à partir de cette perspective ultime qui se moque des règles,
— Nous évoquerons Chögyam Trungpa et le visionnerons enseigner,
— Nous chanterons la folie de Padmasambhava et lui demanderons de venir nous intoxiquer.

INFORMATIONS

Viens de paraître

Présentation de l'éditeur
En s'interrogeant sur la modernité dans l'art, Fabrice Midal bouscule de nombreux clichés, propose une vision renouvelée du moderne et affirme : - Non, la modernité n'est pas une époque historique ayant un début et une fin, mais plutôt une manière de vivre inventée par les poètes dont au premier chef Hôlderlin, Baudelaire et Rimbaud; - Non, la modernité ne défend aucune thèse, elle est une aventure poétique authentique qui remet en question la distinction entre fond et forme, esprit et corps, sacré et profane ; - Non, la modernité n'est pas achevée, remplacée par l'art contemporain ou la postmodernité, mais est un possible toujours aussi ardent. Un ouvrage destiné à devenir une référence.

La phrase du mois
« Les meilleurs vocables s’affaiblissent. Ainsi le mot déraisonnable a perdu de son cachet. Déraisonnable est à sa manière beaucoup plus fort [que raisonnable]. Un enfant raisonnable est un grain de délateur, de dévot et de lâche, un enfant déraisonnable est beaucoup mieux »
Lichtenberg

Prochains séminaires :

Folle sagesse du 4 au 8 mai 2007 à Vajradhara Ling.
Une introduction à l’épreuve du Tantra. Nous nous consacrerons à comprendre l'enseignement de C. Trungpa dans son incandescence la plus radicale et émouvante.
Information : Lea Sham’s 05 55 58 29 93, leashams@club-internet.fr

Nous vous informons dès à présent du programme de cet été auquel nous vous conseillons de vous inscrire dès à présent.

La beauté sauvera le monde, Château de Ligoure, 14-21 juillet
Information : Lea Sham’s 05 55 58 29 93, leashams@club-internet.fr

« La moitié de la vie sainte, Seigneur, n’est-elle pas amitié avec le beau, association avec le beau, communion avec le beau ? »
Non, Ananda, dit le Bouddha. Cela n’est pas la moitié de la vie sainte, c’en est l’entièreté. »

Samyutta Nikaya

“La vraie vie, le colosse irrécusable, ne se forme que dans les flancs de la poésie” René Char

La pratique de la méditation, telle que le Bouddha l’a présentée, est une manière simple et directe de s’ouvrir à la splendeur du monde, à la magnificence de ce qui est. Cette présence est souvent recouverte par un discours religieux, moraliste, dogmatique.
Il importe de revenir à son invitation héroïque de célébrer le présent vivant que, dans l’affairement quotidien, par manque de confiance et par peur, nous oublions.

La pratique de la méditation qui sera présentée en détail lors de ce séminaire permet de se relier à notre expérience de manière plus directe, sans s’appuyer sur des croyances et des concepts conventionnels. Elle nous met ainsi au cœur de notre vie. Elle nous apprend à être. À être simplement qui nous sommes et à oser célébrer la beauté du monde.
Des instructions guidées seront données chaque jour.

Inspiré par l’enseignement de Chögyam Trungpa, ce séminaire vise à révéler l’unité qui existe entre la méditation et l’action que nous avons à mener à chaque moment. La méditation doit nous mettre au centre de nous-mêmes, nous montrer comment nous pouvons advenir à une existence plus vaste, plus profonde que celle à laquelle nous la restreignons le plus souvent.

Ce séminaire est ouvert à tous, et particulièrement aux débutants et à l’esprit du débutant qui est en chacun de nous.

Le séminaire se compose de sessions de méditation en groupe, de projections de films sur des artistes majeurs, de temps d’étude, et d’enseignements.
Une visite contemplative de l’Eglise romane de Saint-Pierre de Solignac est prévue, nous montrant comment certains lieux manifestent un sens de présence et de beauté que l’on peut éprouver en se mettant à leurs écoute.(Sous réserve)

Avec la présence exceptionnelle de Jozef Prelis, Artiste, Maître d’Art Floral et de Cérémonie de Thé.

Un programme enfant enseigné par des professionnels aura lieu durant ce séminaire.

Si vous avez des réactions ou des informations à nous faire connaître, écrivez à : fmidal@club-internet.fr

http://www.fabrice-midal.org/