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Au mois de Mars, je vous donnais à lire la première partie de mon intervention à Notre Dame de Paris. Parler, dans ce lieu, fut tout aussi surprenant que bouleversant.
J’essaie que chacun de mes pas me conduise à marcher dans ceux du Bouddha. Même si personne ne se restreint à ses engagements, cette invitation était un signe fort. Un bouddhiste était invité à prendre la parole dans ce lieu symbolique. Un bouddhiste pouvait avoir à dire quelque chose sur le Christ à des chrétiens.
Certains m’ont demandé mais pourquoi me suis-je retrouvé à parler dans ce lieu ? Qu’est-ce qu’un bouddhiste peut bien avoir à dire sur le Christ ? Qu’avais-je à dire ?
Cette question ne m’a jamais traversé l’esprit.
Le jour où j’ai reçu la lettre d’invitation, en une seconde, je savais les grandes lignes de mon intervention. Arrivé à mon bureau, j’ai noté aussitôt le plan de mon intervention.
Il y a une parole qui demande à être dite. Elle brûle d’être dite. Elle insiste.
Pourquoi ?
Parce qu’elle est demandée. Parce que notre temps, même sans le savoir, même sans s’en rendre compte, la demande.
Quelle est cette parole ?
Quelle est cette parole ?
Celle qui ouvre et sauve votre cœur sur le champ. Celle qui en libère les ressources étouffées par la propagande de mort si souvent à l’œuvre.
Il nous faut aimer. Et aimer s’apprend. Et demande tout. Demande de risquer beaucoup. Mais donne tout aussi.
En un sens, cette Parole qui aspire à se laisser dire par l’amour est un foyer de paroles, qu’aucune parole ne peut suffire à dire, et qui impose pourtant toujours, à neuf, d’être dit. Qui ne se dit même que dans le risque de ne pas réussir, de s’embourber.
De mille et une manières, elle cherche à rappeler que le secret de tout chemin authentique, de tout chemin véritable, repose sur la nécessité d’un renversement de perspective tel qu’il laisse le Grand être grand. Qu’il ne le restreigne pas par la peur et l’inquiétude, la consolidation des mesquineries et du souci égocentrique auquel nous nous identifions par mégarde.
Comme tout cela fait mal. Terriblement. Notre mesquinerie est impitoyable. Elle ne nous laisse aucun répit. Aussi le chemin l’affronte et nous demande de nous y relier simplement et directement.
Notre temps meurt d’être privé d’une parole qui ne promette pas de consolations simplificatrices mais nous invite et nous montre comment habiter à l’endroit du brasier, à l’endroit de l’intensité de la vie accomplie et soutenue.
Le Christ ou le Bouddha ici ne s’opposent pas. Ce qui compte, c’est de réussir à trouver une voie de traverse pour éviter les écueils des poncifs, des conformismes, des évidences, des institutions acharnés qui plâtre le cœur et le vide de tout oxygène…
Nous n’avons pas besoin du religieux, nous avons besoin d’un souffle de vie qui nous fasse oser de se risquer dans le Grand.
Rainer Maria Rilke
J’ai donné une autre conférence, il y a peu, au Musée Bodmer à l’occasion d’une visite que je faisais au groupe Prajna et Philia de Genève.
Je m’étais préparé à parler d’Orphée et de Padmasambhava, pour tenter de montrer l’espace d’un bouddhisme pour l’Occident.
Mais je ne connaissais pas le Musée. Une fois sur place, je suis resté comme sans voix. Le Musée possède la plus extraordinaire collection de manuscrits, d’incunables et de premières éditions des textes majeurs de l’Occident. Il est organisé autour de cinq piliers : la Bible, Homère, Dante, Shakespeare et Goethe. Mais on y trouve aussi les manuscrits des œuvres d’Hölderlin, Rimbaud et Proust.
Au fur et à mesure de ma visite, je perdais la voix. Mon intervention, telle que je l’avais prévue, n’avait pas de sens. Que dire dans un tel lieu ?
J’étais dans l’arche de la civilisation occidentale. A l’âge où celle-ci est en train de sombrer, un Noé-Bodmer en avait recueilli et abrité les trésors.
Je devais laisser tomber mon intervention pour parler tout autrement.
Une seule question s’imposait : pourquoi un bouddhiste a à porter une parole dans ce lieu ? Et pourquoi le tantra plus particulièrement peut nous aider à retrouver le sens authentique de la poésie que les gardiens du feu — abrités dans le Musée — nous ont transmis ?

A Notre-Dame et le mois suivant dans l’Arche de la culture, une même demande. Porter une parole qui ne soit pas un savoir, l’objet d’un pouvoir, mais l’occasion d’un éveil à même de faire fleurir la société toute entière. Mais surtout une parole qui ne soit pas simplement autre, une parole venue de l’Orient, mais qui, par l’écoute du Bouddha a quelque chose à nous dire de décisif aussi bien sur le Christ que sur le sens même de la civilisation Occidentale.
Pourquoi le bouddhisme ?
Parce qu’il nous montre, concrètement, directement, au vif de notre vie de tous les jours, sans dogmatisme, comment être fidèle à l’inspiration qui ouvre les hommes à leur propre secret, à ce qui est en eux, parce qu’il célèbre le maintenant qui est vivant.
Mais de l’autre côté : le bouddhisme ne peut fleurir qu’en trouvant une terre et la civilisation occidentale dans ce qu’elle abrite est la terre qui nous est aujourd’hui disponible. Avoir vu la grandeur de cette voie, ne suffit pas. Connaître les textes peut être un enfermement. Trouver une vérité et être désormais à l’abri avec des repères clairs, voilà qui est sans portée aucune. La méditation même ne peut suffire.
Partout où le bouddhisme s’est implanté, il a réveillé les sources de grandeur et les a libérées. Aujourd’hui encore.
Etre bouddhiste n’a de sens que lorsque cet engagement devient l’occasion d’un questionnement qui ne cesse plus de vous interroger au plus vif de votre existence pour vous permettre de libérer le grand, partout où cela est possible.
On peut bien sûr restreindre notre désir, avoir le vœu de réussir à gagner un peu plus d’argent, d’avoir un peu de paix, de trouver un peu de confort. On peut aussi – et telle est la voie du Bouddha — trouver un tel vœu étriqué et aspirer à offrir un festin à l’humanité toute entière. Penser Grand. Œuvrer au Grand.
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Cet été, notre communauté sera réunie et nous accueillerons tous ceux qui veulent entrer dans la voie de la méditation, ceux qui cherchent à boire à l’eau de vie qu’est la pratique, qui aspirent à s’engager en direction de l’espace étincelant du non-moi.
Chaque année, c’est une nouvelle aventure qui se prépare, de longs mois à l’avance. Il me faut d’abord trouver un axe. Pour ce faire, il faut à la fois que je sois en rapport à ce qui fait sens dans la situation propre à notre temps, que j’entende le chemin de mes étudiants et où j’en suis dans ma propre pratique. En un sens, enseigner c’est d’abord se mettre au clair sur ses propres limites.
Cette année, le thème retenu est le souci du Grand dans l’aspiration de l’amour — comme ma lettre de ce mois vous l’a sans doute déjà fait deviner. Comment dépasser la mesquinerie et sauter dans l’amour. Rien de Grand ne peut résonner justement s’il n’est pas habité de ce souci.
Un artiste, un entrepreneur, un médecin, un enseignant, aussi grand soit-il, s’il manque à l’amour aura œuvré en vain. Voilà une vérité très secrète et très difficile à entendre justement. Pour l’entendre, il faut avoir reconnu la rive de l’amour, en sentir la grâce et le vertige.
Le séminaire de cet été est comme un grand repas. Selon l’aspiration de chacun, son exigence, un repas est préparé. La venue de chacun crée l’occasion. Plus vous avez faim, plus vous êtes en contact avec votre faim, plus la joie de se mettre au travail est grande. Chacun y participe de toute façon. Chacun mange et chacun cuisine. C’est l’occasion qui d’abord enseigne.

Le prochain séminaire de l’association de Prajna et Philia se déroulera dans le limousin du 19 au 26 Juillet. Il aura pour thème : La méditation comme voie du pur amour
L’amour nous le restreignons. C’est dommage. Nous en faisons une quête égocentrique.
Le pur amour est l’amour qui ne veut rien, mais donne librement. Nous en avons tous fait l’expérience. Parfois en marchant dans la nature. Parfois en écoutant un morceau de musique. Parfois en tenant la main d’un ami.
La méditation bouddhiste ne vise qu’à nous permettre d’habiter cet espace du pur amour. C’est possible. Nous pouvons consentir à l’immensité.
Seul dans l'amour il est possible de vivre.
Nous le savons tous.
Nous l’oublions et restreignons l’amour.
Nous le confondons avec nos rêveries
sentimentales.
Nous sommes obnubilés par nos petits
problèmes. C’est dommage.
L’amour pur, lui, ne veut rien, il donne
librement.
Il ne sépare pas, mais toujours, il unit.
Nous avons tous fait l’expérience de l’ouverture
entière du coeur. Parfois en marchant dans la
nature.
Parfois en écoutant un morceau de
musique ou en lisant un poème.
Parfois en
tenant la main d’un ami ou en marchant à ses
côtés.
Comment retrouver de telles expériences ?
Comment, de là, saluer l’amour et y répondre.
Lui donner place. Toute la place.
Comment vivre
en lui faisant confiance ?
Comment, de là, marcher en direction du pur
amour — où l’esprit se fond dans le coeur et le
coeur se dissout dans l’espace.
La méditation bouddhiste montre une voie. Elle
vise à nous permettre d’habiter cet espace du
pur amour... don entier... réelle, bienveillante et
ardente ouverture.
Ne laissons pas l’amour être mis en cage.
Nous
pouvons tous consentir à l’immensité à laquelle
il nous invite. Ne renonçons pas.
Ce séminaire est d’abord une retraite au sein de laquelle
est transmise la pratique de la méditation de manière
précise, rigoureuse et directe.
Il se compose de sessions de méditation en groupe, de
temps de questions/réponses et d’enseignements.
Fidèle à l’esprit de Prajna et philia, la vision du Bouddha
sera présentée dans le dialogue avec la poésie et la
pensée occidentales. Des démonstrations organisées par Jozef Prelis, artiste,
maître d’art floral et de cérémonie du thé permettent de
voir comment, à notre tour, célébrer notre existence età ne plus séparer la méditation
de l’action.
Ce séminaire est
particulièrement recommandé à ceux qui voudraient
apprendre à méditer dans un
environnement non religieux.
Il est accompagné d’un
programme destiné aux
enfants des participants, dirigé par des enseignants et
pédagogues professionnels.
Inscriptions et coordination :
Marie-Laurence Cattoire, marie-laurence@cattoire.com
Renseignements : Léa Sham's, leashams@club-internet.fr, tél 05 55 58 29 93
Lieu : Château de Ligoure, 87110 Le Vigen.
Prix du programme (repas et hébergement inclus) = 610 euros
Tarif pour les membres actifs de Prajna & Philia = 490 euros
Tarif étudiant de moins de 26 ans = 390 euros
Tarif étudiants de moins de 20 ans = 290 euros
Programme enfants (participation) = 140 euros
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