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Ce mois-ci, je voudrais vous parler
du prochain séminaire :
La beauté sauvera le monde, qui
se tiendra du 14 au 21 Juillet – et d’une exposition de
plusieurs photographes de Prajna & Philia qui aura lieu à
la galerie Métanoïa, 56 rue Quincampoix, à partir
du 22 juin (jour du vernissage)
Clément
Cornet
Sans doute faut-il partir de ce phénomène très
singulier : l’expérience poétique entendue dans
sa plus large acception est la vérité du dharma. Ou
peut-être faut-il le dire autrement : le centre de l’existence
humaine est l’inapparent poème où nous sommes
pourtant invité à habiter. Le dharma est une des paroles
qui nous apprennent à le faire.
Le poète Philippe Jaccottet remarque que les poètes
d’autrefois, « il leur suffisait d’être émus
et de rendre leur émotion contagieuse. On a même le sentiment,
quelquefois, qu’ils ont eu raison de s’en tenir là
– ils ne pouvaient d’ailleurs imaginer autre chose —,
et c’est ce qui fait leur force, cette force dont nous ressentons
aujourd’hui la nostalgie. » Or, poursuit Philippe Jaccottet,
à un moment « je n’ai pu me contenter d’écrire
des poèmes, il a fallu que j’essaie de comprendre ces
émotions et le rapport qui les liait à la poésie.
»
Peut-être tel est l’âge de la modernité poétique
: devoir comprendre le sens de son travail, expliciter le sens du
poème. Et jamais en effet, les artistes n’ont autant
parlé de leur travail — que l’on songe par exemple
à Matisse, Paul Klee, Malévitch ou encore à Proust
et Rilke. Nécessité accrue peut être parce que
jamais il n’a été laissé si peu de place
à la poésie — comme cette dimension de présence
nue.
Le dharma est un chemin dans la parole, pour témoigner de l’expérience
poétique où la beauté prend enfin toute la place
et restaure notre existence.
« La vraie vie, le colosse irrécusable, ne se forme
que dans les flancs de la poésie » René Char
« La moitié de la vie sainte, Seigneur, n’est-elle
pas amitié avec le beau, association avec le beau, communion
avec le beau ? »
Non, Ananda, dit le Bouddha. Cela n’est pas la moitié
de la vie sainte, c’en est l’entièreté.
»
Samyutta Nikaya
La pratique de la méditation, telle que le Bouddha l’a
présentée, est une manière simple et directe
de s’ouvrir à la splendeur du monde, à la magnificence
de ce qui est. Cette présence est souvent recouverte par un
discours religieux, moraliste et dogmatique dans lequel sombre parfois
le bouddhisme. On a alors l’impression qu’il faut appartenir
à une Eglise pour entrer dans cette voie.
Il importe de toujours revenir à l’invitation héroïque
de célébrer le présent vivant que, dans l’affairement
quotidien, par manque de confiance et par peur, nous oublions. C’est
là, seulement, que nous pouvons rencontrer le Bouddha comme
une présence vivante, celle de notre propre visage.
La pratique de la méditation permet de se relier à notre
expérience de manière directe, sans s’appuyer
sur des croyances et des concepts conventionnels. Elle nous met ainsi
au cœur de notre vie. Elle nous apprend à être.
À être simplement qui nous sommes et à oser célébrer
la beauté du monde.
Trop souvent la méditation est présentée comme
une technique visant à créer un état particulier
de paix, de calme ou de diminution du stress. Mais est perdue alors
son immense ampleur — l’espace où nous célébrons
le présent et affrontons notre difficulté à y
habiter. Par la pratique assise, nous ne réduisons pas notre
sensibilité, mais nous apprenons à en voir l’intelligence
la plus féconde.
Faustine
Ferhmin
La poésie sait bien qu’à déchirer le sacré
et le profane, on perd tout. Le sacré n’est pas un espace
à l’écart du monde où nous vivons, mais
sa réalité profonde pour peu que nous apprenions à
changer notre regard. Telle est la raison d’être du sentier
ouvert par le Bouddha.
De quel ordre est cette conversion qui nous permettrait d’embrasser
la beauté ?
Elle consiste, selon le Bouddha, à donner droit à un
sens de présence ne dépendant pour être fondée
d’aucune transcendance, au fait de pouvoir être auprès
des choses, auprès des êtres sans aucune arrière-pensée,
à donner droit au silence. Et si ce geste était l’invitation
la plus révolutionnaire de notre temps ?
La poésie est la vérité de tout art. Une symphonie,
un monument ou un roman sont tout autant des poèmes qu’une
Saison en enfer d’Arthur Rimbaud.
Qu’est-ce que la poésie ? La dimension où les
choses apparaissent dans la surmesure de leur présence. Le
lieu où la beauté irradie. Depuis Platon en Occident,
la beauté est pensée comme un summum d’être,
là où les choses se déploient dans l’éclatante
vérité de leur harmonie native.
Lorsque l’art est compris comme un simple divertissement ou
un élément de la discrimination sociale, alors certes,
la beauté n’est plus reconnue. Elle semble un souci mondain,
à mille lieues du vrai sérieux – qu’on le
situe au choix dans les affaires publiques ou dans l’engagement
spirituel. C’est peut-être là le drame de notre
temps. La beauté nous semble un luxe et nous donnons toute
notre attention à l’efficacité. Nous sommes en
train d’en mourir. L’impossibilité de reconnaître
que la beauté n’est pas un supplément d’âme
accessoire, mais la dimension sans laquelle rien ne peut paraître
est une des plus grande cécité de notre temps.
Il est temps de retrouver le chemin de la beauté du monde,
de la beauté de notre propre être.
Voici quelques thèmes qui seront traités lors de ce
séminaire : Quel est le rôle de l’imagination créatrice
? Comment nettoyer les portes de la perception et voir les choses
comme elles sont ? Qu’est-ce que la modernité poétique
? En quoi la poésie est l’espace même du non-ego
? Comment apprendre à voir la beauté et lui permettre
de transformer notre existence ? Comment joindre la pratique de la
méditation et l’action ?
Ce séminaire est ouvert à tous, et particulièrement
aux débutants et à l’esprit du débutant
qui est en chacun de nous. Le séminaire se compose de sessions
de méditation en groupe, de projections de films sur des artistes
majeurs, de temps d’étude, et d’enseignements.
Jozef Prelis, Artiste, Maître d’Art Floral et de Cérémonie
de Thé qui présentera plusieurs cérémonies
durant ce séminaire.
Une visite contemplative de l’Eglise romane de Saint-Pierre
de Solignac est prévue, nous montrant comment certains lieux
manifestent un sens de présence et de beauté que l’on
peut éprouver en se mettant à leur écoute.(Sous
réserve).
* * *
Laura
Foucault
Le 22 Juin ouvrira l’exposition Méditation/action qui
présente le travail d’artistes pour qui la photographie
est un poème — une manière de laisser le monde
advenir. Ils tentent d’y trouver leur chemin.
Méditation — comme recueillement de la présence,
qui ne se manifeste que dans l’effacement de tout ce qui risque
de l’oblitérer.
Action — comme le mouvement invitant la beauté à
advenir.
La photographie est alors le lieu de rencontre entre le rythme intérieur
de l’homme et celui de la nature, des arbres et d’un visage,
des plantes et des toits des maisons.
Les photos qui accompagnent cette lettre et les suivantes seront
présentées lors de cette exposition.
Une exposition organisée par Eden Morfaux et Fabrice Midal
Galerie Métanoïa
56, rue Quincampoix 75004 Paris t. +33 (0)1 42 65 23 83
* * *

Vient de paraître
un nouveau livre de Chögyam Trungpa, Mudra,
l’esprit primordial (aux éditions Accarias/L’originel),
qui présente pour la première fois en français
quelques-uns de ses poèmes, mais aussi quelques textes sur
le Dzogchen.
Voici les deux premières strophes de :
Le parfait poème d’amour
Une montagne coiffée de neige
Avec de paisibles nuages drapés autour de ses épaules.
L’air est tout pénétré d’amour et
de paix.
Ce qui doit être est ce qui est,
C’est l’amour.
On ne craint pas de sauter dans l’espace infini de l’amour
Tomber amoureux ?
Ou : êtes-vous amoureux ?
De telles questions ne peuvent recevoir de réponses,
Car dans la paix de la présence toute-pénétrante,
Personne n’est dans et ne tombe dans.
Personne n’est possédé par un autre.
* * *
Pour vous inscrire
à La beauté sauvera le monde
Contacter Léa
leashams@club-internet.fr
La Drouille
87 800 St Hilaire les Places.
05
55 58 29 93
Si vous
avez des réactions ou des informations à nous faire
connaître, écrivez à : fmidal@club-internet.fr
http://www.fabrice-midal.org/