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Le prochain séminaire
que j’enseignerais avec Hadrien France-Lanord portera sur l’amitié.
Pourquoi un tel choix ?
Parce que comme le dit le poète allemand Hugo von Hofmannsthal
:
Être amis est une chose bonne et merveilleuse,
au sens le plus profond du terme.
Le Titien (1490-1576), Le Concert, Florence,
Galleria Palatina (Palazzo Pitti),
Mais aussi parce qu’au fond
nous ne savons plus très bien ce qu’est l’amitié.
Notre temps, en tout cas, n’en sait plus rien. De manière
plus large même, nous ne savons plus grand-chose des relations
entre les êtres. Des relations d’amour, des relations
hiérarchiques, des relations sexuelles…
Ou pour le dire plus précisément, nous savons tous l’essentiel
sur cette question — parce que nous sommes des êtres humains
qui avons un cœur qui espère et aspire à la joie
de s’unir à un autre cœur. Et dans le même
temps, nous sommes embrouillés. Notre temps met tout sens dessus-dessous.
Confond tout. Nous sommes privés de quelque chose.
Souvent du coup, l’amitié est restreinte à la
portion congrue. Nous mettons au cœur de notre questionnement
la sexualité — en la séparant de l’ampleur
de l’affectivité, de l’être ensemble et de
la véritable ferveur dont pourtant elle est l’épreuve.
Chez les anciens, c’était tout le contraire. La sexualité
y était une modalité de l’être ensemble,
mais elle n’était pas déterminante. Par exemple,
notre préoccupation pour savoir si nous sommes « identitairement
» homosexuels ou hétérosexuels aurait été
incompréhensible pour les anciens ! Bien plus important pour
eux aurait été de savoir quelle place nous accordons
à l’amitié et de qui nous sommes l’ami.
Nombreux sont ceux qui n'ont plus le temps pour l’amitié.
Ils sont tellement pris dans leurs affaires, leurs occupations, le
souci de la réussite qu’ils sont au bord de la faillite
émotionnelle.
Il faut bien avouer que c’est compliqué les émotions
! Il faut y faire attention. Elles ne cessent de nous parler dans
une langue, souvent étrange à première vue, qui
nécessite pour être entendue une finesse que nous n'avons
généralement pas cultivée. Aussi vivons-nous
à l’écart de nous-même. Nous ne savons plus
vraiment ce que nous ressentons, ce que nous désirons, ce que
nous voulons.
L’effectivité a pris le pas sur l’affectivité.
Giorgione (1477-1510), Les trois philosophes, Vienne, Kunsthistorisches
Museum
Aristote disait au livre VIII de l’Ethique à Nicomaque
« Sans amis, personne ne choisirait de vivre, même
nanti de tous les biens imaginables… »
Or aujourd’hui qui a un véritable ami ? Qui prête
attention à l’amitié ? Et y consacre les soins
qui lui sont nécessaires ?
On ne peut pas l’éviter, l’amitié demande.
Elle exige.
L’étrange est qu’une fois le chemin de l’amitié
reconnu, rien n'est plus simple. Et pourtant ce chemin est si souvent
négligé.
Et lorsque, par chance, par miracle, quelqu’un décide
de lui donner droit, de donner droit à l’amitié,
le contexte où nous vivons entrave cette aspiration.
Cela fait de très nombreuses années que ce phénomène
me saute aux yeux. Nous avons des relations, il y a des gens que nous
aimons, des gens avec qui nous pouvons passer un bon moment mais sans
que cela ne débouche vraiment sur l’amitié ou
que ce que nous appelons amitié prenne vraiment toute sa place.
Etrangement, alors que les anciens consacraient nombre de leurs débats
et traités à cette question, elle est aujourd’hui
absente de la réflexion philosophique. Elle est devenue une
question insignifiante..
Qu’est-ce qui fait défaut ?
— Savoir faire confiance au sentiment ?
— Savoir s’abandonner ?
— Savoir aimer ?
— Savoir ouvrir le champ de l’impossible ?
Pierre
Auguste Renoir, Deux jeunes filles, Paris, Musée De l'Orangerie
Ces questions, qui surgissent à propos de l’amitié,
sont aussi au cœur du chemin spirituel. Ne s’agit-il pas
dans ces deux cas de nous abandonner dans l’immensité
visionnaire du sentiment, de s’abandonner sans raison à
l’ampleur du réel, d’aimer et de savoir aimer…
?
On comprend dès lors pourquoi faire un séminaire sur
un tel thème s’impose. Creuser la question de l’amitié,
c’est nous interroger sur notre être même, nous
remettre en question là où l’amour qui devrait
s’appeler à nous s’éteint et se corrompt.
C’est avoir à repenser ce que veux dire d’être
ensemble. De vivre ensemble.
L’enjeu est immense.
Il nous faut retrouver le chemin de notre cœur, au travers de
ce qui le ronge.
Apprendre par où lui donner place. Apprendre à faire
l’effort pour rendre l'amitié possible. Elle advient
sans qu’on y soit obligé. Sans mots et sans commentaire.
Mais il faut s’y exercer.
— En se mettant à l’écoute des secrets
de son propre cœur et des manières de le libérer
de ce qui l’entrave, des peurs et fausses inquiétudes.
— En s’appuyant sur des exemples qui nous montrent comment
donner toute son ampleur à l’amitié.
— Par un effort historique. Non pas pour avoir des connaissances
factuelles mais pour nous interroger à la racine même
de notre existence. L’amitié n’a pas le même
visage dans le monde grec, romain, chrétien, de l’Occident
moderne. Quel visage lui donner aujourd’hui ? Quel visage le
dharma peut-il nous aider à lui rendre ?
— Par un effort philosophique pour apprendre à voir
l’amitié en elle-même.
C. Trungpa et Dilgo Khyentsé
C’est l’intuition au cœur de Prajna & Philia
: établir un bouddhisme pour l’Occident impose de questionner
notre propre histoire qui construit notre rapport au monde sans que
nous le sachions et impose d’apprendre à penser pour
nous libérer des évidences qui restreignent l’ampleur
possible de notre existence.
Qu'un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même ;
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
Jean de la Fontaine

S'APPROCHER
DE SOI-MEME DANS L'AMITIE :
Domaine de Vauguenige, 87250 Saint Pardoux.
du 27 octobre
vers 18h
au 2 novembre après le petit-déjeuner.
Apprendre à Méditer et à
Etudier
Programme enseigné par Fabrice Midal. Avec
la participation de Hadrien France Lanord
Information et inscription
: Lea Sham’s 05 55 58 29 93
leashams@club-internet.fr
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la plaquette (pdf)
Hadrien France-Lanord est philosophe. Il est l’auteur
de Paul Celan et Martin Heidegger, le sens d'un dialogue (Fayard)
et traducteur de Martin Heidegger. Il enseigne la philosophie à
Rouen.
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de Prajna & Philia pour l'année
2007-2008.
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