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Quelques éléments de sa vie

Une double éducation en Orient et en Occident

Né au Tibet en 1939, Chögyam Trungpa a été élevé dans une perspective traditionnelle, recevant une éducation d’une rare sévérité. Dans ce contexte, il manifeste très vite une intelligence et une liberté stupéfiantes. Si bien qu’encore jeune adolescent, il est reconnu comme un maître important invité, de manière inhabituelle pour son âge, à donner des initiations.
En 1959, les communistes chinois envahissent le Tibet et mettent sa tête à prix. À la tête d’un groupe de trois cents personnes, Chögyam Trungpa traverse tout le pays et gagne l’Inde, pour échapper à ses poursuivants. Il abandonne tout, sa famille, son monastère, les moines dont il a la charge, ses propres maîtres. Mais loin de se complaire dans une nostalgie pour son pays natal et bien qu’il en ait eu le cœur brisé, il décide d’aller de l’avant. Son unique souci, dès lors, va être de chercher à préserver l’authenticité de la doctrine bouddhiste.

En Inde, le Dalaï-Lama lui demande de prendre la direction de l’école de formation des jeunes tulkus — il n’a que vingt et un ans. Il apprend l’Anglais et obtenant une bourse, il part, en 1963, étudier à Oxford, en Angleterre. Il y reçoit une nouvelle éducation qui va lui permettre de connaître et d’approfondir la culture et la pensée occidentales. Il manifeste aussitôt une très vive curiosité, tout particulièrement pour l’art moderne, la philosophie et l’étude des religions comparées.

Ses premières années en Angleterre sont marquées par cette curiosité à toute épreuve. Il cherche à comprendre le christianisme, étudiant avec beaucoup de rigueur la théologie et assistant à de nombreux offices. Il est aussi bouleversé par l’art qu’il y découvre et par exemple la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach. Lorsqu’il l’écoute pour la première fois, il en a les larmes aux yeux, tandis que ses deux compatriotes, venus avec lui en Angleterre, souffrent d’entendre ce qui leur semble n’être qu’un affreux vacarme. Cette anecdote éclaire bien la singularité de Chögyam Trungpa. Chögyam Trungpa comprend que l’Occident n’est pas le pays des barbares qu’il faut apprivoiser mais qu’il possède une culture d’une rare richesse, même si elle est aujourd’hui de plus en plus oubliée des Occidentaux eux-mêmes.
Chögyam Trungpa pressent des ressources qu’on n’est plus à même de lui présenter. Ainsi, par exemple, lors d’un séjour à Bath, il découvre les thermes romains et est frappé par l’architecture qui témoigne, selon lui, d’un étonnant sens du sacré. Pourquoi, se demande-t-il, les Occidentaux présentent-ils leurs ancêtres comme s’ils étaient des barbares, sans reconnaître la dignité qui était la leur ? Il sait que son œuvre va désormais consister à leur montrer comment la retrouver et transformer le nihilisme qui marque notre temps.

 

 

Son accident de voiture et sa décision de se mettre à nu

Néanmoins sa tentative d’enseigner le bouddhisme se heurte à de sérieuses difficultés. Personne ne semble prendre au sérieux la perspective qu’il présente, préférant le rassurant caractère folklorique tibétain. On veut faire de lui un « gourou », et être baigné dans une dévotion confite qui permet de ne jamais se mettre en question. Or la vérité spirituelle demande d’aller au-delà de nos habitudes de pensée et de comportement ; la vraie vie ne s’y limite pas.

Chögyam Trungpa, dans une profonde solitude, se demande comment réussir sa mission. C’est dans cette période de grande hésitation que, perdant le contrôle de son véhicule, il défonce la devanture d’un magasin de farces et attrapes. Il reste dans le coma et en sort paralysé de la moitié gauche de son corps.

Cet accident, dira-t-il plus tard, fut une chance. Il comprend qu’il n’a rien à prouver mais qu’il peut se permettre d’être lui-même, simplement et directement. Il rompt avec le monde tibétain et des usages qui lui semble désormais appartenir à un autre temps. Chögyam Trungpa renonce à l’ensemble des formes qui créent une distance entre lui et son audience. Il abandonne ses vœux et sa robe de moine. La vérité et l’amour nécessitent de dépasser toutes les conventions. L’enseignement qu’il donne désormais est marqué par une simplicité insaisissable mais directe. Il va droit à l’essentiel. Il cherche à établir une relation directe, de cœur à cœur, avec chacun de ceux qu’il rencontre.

Son mariage et sa mission aux Etats-Unis

En 1969, il épouse une jeune Anglaise, et ensemble, ils partent vivre aux Etats-Unis. Là, il enseigne sans relâche et rassemble la plus vaste communauté de pratiquants bouddhistes en Occident.
Son style vivant et provocateur va enthousiasmer une génération.

Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues et servent de guide à un nombre croissant de pratiquants et d’hommes et de femmes curieux de mieux comprendre l’expérience bouddhiste. Chögyam Trungpa en effet ne présente pas une doctrine théorique mais en fait résonner la dimension vivante. Il réussit l’impossible : créer un monde où une transmission spirituelle authentique puisse être présentée.
Il est mort en 1987 en Nouvelle Ecosse, Canada où il avait décidé de s’installer ayant, par sa vie fulgurante, tracé les contours d’un chemin possible.

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