Le
génie de Chögyam Trungpa : un maître spirituel en
rapport à la vérité de notre temps
Les maîtres
de la tradition bouddhique transmettent ce qu’ils ont reçu,
indépendamment du contexte où ils se trouvent —
pour eux l’être humain est le même quel que soit
son lieu de naissance et sa culture. Chögyam Trungpa
en revanche fait l’épreuve de la singularité de
notre destin et cherche à répondre à la singularité
de notre temps et de notre monde. Pour cette raison, il enseigne
d’une manière surprenante qui, tout en étant ancrée
dans la tradition bouddhique la plus pure, est une invention continuelle
à même de nous répondre.
Par son effort, il a vu la nécessité de libérer
la spiritualité d'une gangue de conceptions et d’opinions
aussi étroites que vagues. Il ne s'agit nullement,
nous explique-t-il, d'être plus sage, de chercher à une
maîtrise de soi ou d'apprendre à aimer son prochain.
Il faut nous ouvrir inconditionnellement à ce que nous sommes.
Il ne s’agit pas de fuir le monde réel, notre quotidienneté
mais au contraire de l’épouser. La spiritualité
n’est pas un ailleurs…mais le vrai visage du Grand Réel
dont parle le poète René Char.
Le problème
majeur de toute démarche spirituelle est de chercher à
atteindre un but — recherche qui entraîne automatiquement
une lutte contre la situation présente que nous cherchons à
dépasser. Le chemin authentique repose sur un processus d'abandon
et de dépouillement entier.
Dans son enseignement, Chögyam Trungpa lie ainsi la perspective
bouddhique la plus haute — le saut radical dans l’ouvert
— et une méditation sur le sens de l’histoire et
la nécessité de nous libérer de l’utilitarisme
généralisé qui met en péril le sens de
notre propre humanité