La
méditation
Un des points
les plus décisifs de l’enseignement de Chögyam Trungpa
est sa manière d’exposer, avec une rare précision,
le sens de la méditation. La méditation est souvent
mal comprise, lorsqu’on la réduit à une technique
quelconque, alors qu’il s’agit plus radicalement d’apprivoiser
un sens de présence inconditionnelle. Méditer consiste
à entrer en rapport avec soi-même. Lorsque nous méditons,
il ne s’agit pas de se fixer sur quelque chose mais d’apprendre
à être simplement dans l’instant présent.
Ce fût en un sens l’essentiel de son message : il importe de pratiquer la méditation et de faire, soi-même,
le chemin. Par la pratique de la méditation, chacun devient
l’acteur de son propre chemin sans avoir à dépendre
de qui que ce soit. Certes des entretiens réguliers sont nécessaires
pour pouvoir approfondir sa pratique, mais ceux-ci ne font qu’orienter
l’étudiant sur son propre chemin, sur les ressources qui
sont déjà en lui.
L’essentiel de l’enseignement de Chögyam Trungpa
est une invitation à être soi-même, de reconnaître
notre propre style d’être pour mieux apprendre à
l’apprécier. Lorsqu’on me demande de dire en un mot
en quoi consiste le génie de Chögyam Trungpa, je pense à
cette confession d’une de ses proches étudiantes qui, après
quelques années auprès de lui, avait décidé
de partir faire une retraite de trois ans avant de suivre de nombreux
maîtres :
«
J’ai tant reçu des plus grands mais il me faut bien avouer
que personne ne m’a aimée comme lui ». Le secret
de Chögyam Trungpa est cet amour infini qu’il éprouve
pour ses étudiants, que l’on sent encore aujourd’hui
lorsqu’on contemple ses instructions. Son insistance sur la pratique
de la méditation comme une manière d’entrer simplement
en rapport à ce qui est, sans chercher à atteindre quoi
que ce soit, repose sur une extraordinaire confiance en chacun de nous.
Comme lui qui savait nous voir, tel que nous sommes, sans en être
désolé mais en reconnaissant la sagesse qui nous habite,
il nous faut, par la pratique de la méditation faire ce geste
d’amitié envers soi-même. L’éveil n’est
pas ailleurs. Rien ne nous manque. Il confiait lui-même présenter
la perspective la plus ultime, « celle qui requiert un abandon
complet. Vous êtes tous, pour moi, comme des tulkus [maîtres].
Je vous donne la même éducation que j’ai reçue.
Je ne vous cache rien. »
Sa décision
de vivre en Occident et non dans un monastère en Inde ou au Népal,
lui a permis de répondre à ce désir d’établir
une authentique intimité avec ses disciples qui furent pour lui
de véritables amis.